De l'opale dans les vitrines de la place Vendôme : on n'avait plus vu cela depuis les années 1920. Cette saison, bravant le mauvais sort, nombre de joailliers parisiens mettent en scène cette pierre réputée maléfique. Van Cleef & Arpels, qui célèbre en 2006 son centenaire, présentera du 15 au 24 septembre à la Biennale des antiquaires, à Paris, un éblouissant collier en boules d'opales roses, réalisé à partir d'un dessin d'archives datant de 1965. Cette parure Pandora au double rang de gemmes, séparées par des liens en onyx et brillants, est rehaussée de deux pierres taillées en goutte.
La dernière collection de Chaumet "Attrape-moi si tu m'aimes", aux motifs arachnéens (colliers de dentelle or et diamants ou boucles d'oreilles araignées de saphirs bleus et roses), compte aussi une opale. De couleur bleue, elle est retenue par de délicates griffes en platine, pavées de diamants. Ce bijou sera achevé fin octobre, car les fils très fins sont sertis à la main, pour mieux évoquer la délicatesse d'une toile, un thème naturaliste cher à la maison.
Chez Boucheron, qui s'offre ce mois-ci une campagne publicitaire signée du photographe Peter Lindbergh et incarnée par le mannequin Sophie Dahl, une opale bleue de près de 13 carats ponctue un splendide collier d'émeraudes et de saphirs où s'entremêlent chardons et fougères. Pour cette pièce baptisée Trouble Désir, le joaillier ne pouvait se passer du mystère de l'opale. Symbole de pureté et d'espoir, en Asie, cette pierre a mauvaise réputation en Europe. La superstition est colportée par un roman à succès de Walter Scott (Anne de Geierstein), paru en 1829. Les lapidaires auraient entretenu la légende, afin d'éviter de travailler ces pierres relativement fragiles. Contenant jusqu'à 30 % d'eau, l'opale est aussi sensible à la sécheresse ; c'est pourquoi dans les coffres-forts ou les vitrines d'antiquaires, elle est conservée avec un verre d'eau à ses côtés.
MASCULINE OU FÉMININE
"C'est une pierre aux feux irisés, changeante avec la lumière, et il n'y en a pas deux pareilles", souligne Ebrahim Merchant, de la maison Scherlé, joaillier parisien depuis près d'un siècle. "Aujourd'hui, la passion des gemmologues et celle des amateurs de bijoux se rejoignent : on aime les pierres uniques, de caractère."
L'opale peut être très masculine quand elle est entourée de sa gangue de roche, ou féminine, blanche laiteuse aux reflets roses ou verts, ou bleue culottée de noir. La plus extraordinaire est peut-être l'opale de feu, à l'orange pop, très seventies, comme une collection de Castelbajac.
Tout ce nuancier arc-en-ciel inspire les collections de Victoire de Castellane, une inconditionnelle de toujours. Cette saison, la créatrice artistique de Dior Joaillerie propose une dizaine d'animaux fantastiques, telle cette broche Méduse à l'opale rouge orangée ou cette bague Tortue à la carapace vert d'eau. "J'aime l'idée qu'un génie vit à l'intérieur de cette pierre unique", raconte la dame, dont certaines oeuvres exclusives sont actuellement exposées au Bon Marché, à Paris (jusqu'au 14 octobre).
Les joailliers indépendants ont décidé, eux aussi, de travailler l'opale, qui désormais fascine plus qu'elle ne fait trembler. Dix-sept d'entre eux présenteront leurs créations aux acheteurs, le 14 septembre à Paris, avant de les mettre en vente, le lendemain, sur Internet (collection "Prémonition" sur www.laboutiquedesjoailliers.com). "C'est une des rares pierres à changer de couleur, selon l'endroit où vous êtes, déclare Lydia Courteille, l'un de ces créateurs. Avec l'opale, la nature s'exerce à devenir artiste."
Véronique Lorelle in lemonde.fr Article publié sur 12/09/2006.